Le RGAA et la loi : ce que vous devez savoir

Le Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité traduit en critères vérifiables l’obligation légale d’accessibilité numérique. Voici l’essentiel, sans jargon.

Qu’est-ce que le RGAA ?

Le RGAA est le référentiel officiel français d’accessibilité numérique, publié par la Direction interministérielle du numérique (DINUM). Il décline la norme européenne EN 301 549 et les règles internationales WCAG 2.1 (niveaux A et AA) en une méthode technique de contrôle : 106 critères répartis en 13 thématiques, chacun accompagné de tests précis.

Sa version actuelle est la 4.1.2. Il s’applique aux sites internet, intranets, extranets, applications mobiles, progiciels et mobilier urbain numérique.

Un audit RGAA consiste à vérifier chaque critère applicable sur un échantillon de pages représentatif, puis à calculer un taux de conformité qui détermine l’état à afficher dans la déclaration d’accessibilité.

Les trois états de conformité

100 %

Totalement conforme

Tous les critères applicables sont respectés.

50 à 99 %

Partiellement conforme

Au moins la moitié des critères sont respectés.

< 50 %

Non conforme

Moins de la moitié des critères sont respectés, ou aucun audit n’a été réalisé.

Le référentiel

Les 13 thématiques du RGAA 4.1

Thématiques du RGAA, nombre de critères et exemple d’exigence
ThématiqueCritèresExemple d’exigence
1. Images9Chaque image porteuse d’information a une alternative textuelle pertinente.
2. Cadres2Chaque cadre (iframe) a un titre pertinent.
3. Couleurs3L’information n’est pas donnée uniquement par la couleur ; les contrastes sont suffisants.
4. Multimédia13Les vidéos ont des sous-titres, une transcription et, si nécessaire, une audiodescription.
5. Tableaux8Les tableaux de données ont des en-têtes correctement associés aux cellules.
6. Liens2Chaque lien est explicite, dans ou hors contexte.
7. Scripts5Les composants interactifs sont utilisables au clavier et compatibles avec les technologies d’assistance.
8. Éléments obligatoires10Code valide, langue de la page indiquée, titre de page pertinent.
9. Structuration de l’information4Titres hiérarchisés, listes correctement balisées, citations identifiées.
10. Présentation de l’information14Le contenu reste lisible et utilisable à 200 % de zoom, le focus est visible.
11. Formulaires13Chaque champ a une étiquette, les erreurs sont identifiées et accompagnées de suggestions.
12. Navigation11Deux systèmes de navigation, liens d’évitement, ordre de tabulation cohérent.
13. Consultation12Limites de temps contrôlables, pas de clignotement dangereux, documents téléchargeables accessibles.

Qui est concerné

Les obligations légales en France

L’obligation d’accessibilité numérique découle de l’article 47 de la loi du 11 février 2005, précisée par le décret du 24 juillet 2019 et renforcée en 2023 par la transposition de l’Acte européen d’accessibilité.

Secteur public et assimilé

  • État, collectivités territoriales, établissements publics
  • Organismes délégataires d’une mission de service public
  • Organismes d’intérêt général financés majoritairement par des fonds publics

Obligations : conformité RGAA, déclaration d’accessibilité, schéma pluriannuel (3 ans) et plan d’actions annuel, mention de l’état de conformité sur la page d’accueil.

Grandes entreprises

  • Entreprises dont le chiffre d’affaires réalisé en France dépasse 250 M€ (moyenne des trois derniers exercices)

Obligations : conformité RGAA, déclaration d’accessibilité, schéma pluriannuel, mention sur la page d’accueil, publication de l’état de conformité.

Services visés par l’Acte européen d’accessibilité

  • Commerce électronique
  • Services bancaires et financiers aux consommateurs
  • Transports de passagers (sites, applications, billetterie)
  • Communications électroniques et accès aux médias audiovisuels
  • Livres numériques et logiciels de lecture

Depuis le 28 juin 2025, toutes les entreprises fournissant ces services, sauf microentreprises (moins de 10 salariés et moins de 2 M€ de chiffre d’affaires ou de bilan).

Point de vigilance : cette page présente une synthèse à jour à la date de publication. Les seuils, calendriers et autorités de contrôle évoluent. Vérifiez votre situation avec votre conseil juridique ou contactez-nous pour une analyse de votre périmètre.

Les documents à publier

La déclaration d’accessibilité
Document public, rédigé selon le modèle officiel, indiquant l’état de conformité, les résultats de l’audit, les contenus non accessibles et leurs alternatives, les moyens de contact et la procédure de recours (Défenseur des droits). Elle doit être mise à jour à chaque évolution significative et au moins tous les trois ans.
Le schéma pluriannuel de mise en accessibilité
Sur trois ans maximum, il présente la politique d’accessibilité de l’organisation : ressources, formation, prise en compte dans les achats, calendrier de mise en conformité des services.
Le plan d’actions annuel
Il détaille, année par année, les actions concrètes prévues dans le schéma pluriannuel et leur état d’avancement.
La mention sur la page d’accueil
« Accessibilité : totalement conforme », « partiellement conforme » ou « non conforme », avec un lien vers la déclaration. Son absence est en elle-même sanctionnable.

Sanctions

Jusqu’à 50 000 €

par service numérique non conforme, renouvelable tous les six mois tant que le manquement persiste.

Jusqu’à 25 000 €

pour défaut de publication de la déclaration d’accessibilité, du schéma pluriannuel ou de la mention sur la page d’accueil.

Depuis 2023, l’Arcom est chargée du contrôle et des sanctions. Toute personne peut lui signaler un service non conforme. La DGCCRF contrôle les produits et services visés par l’Acte européen d’accessibilité.

Repères

Vingt ans de construction du droit à l’accessibilité numérique

L’obligation n’est pas nouvelle. Ce qui change, c’est l’élargissement du périmètre et l’arrivée de contrôles effectifs.

  1. Loi pour l’égalité des droits et des chances : l’article 47 pose l’obligation d’accessibilité des services de communication publique en ligne.
  2. Publication du premier RGAA, référentiel technique de mise en œuvre pour les administrations.
  3. Loi pour une République numérique : extension de l’obligation aux grandes entreprises et création de la sanction pour défaut de déclaration.
  4. Directive européenne 2016/2102 sur l’accessibilité des sites et applications mobiles des organismes du secteur public.
  5. Décret d’application : seuil de 250 M€ pour les entreprises, contenu de la déclaration, schéma pluriannuel. Publication du RGAA 4.
  6. RGAA 4.1 : alignement complet sur les WCAG 2.1 niveau AA.
  7. Transposition de l’Acte européen d’accessibilité : l’Arcom devient autorité de contrôle, les sanctions passent à 50 000 € renouvelables.
  8. Entrée en application de l’Acte européen d’accessibilité : l’obligation s’étend aux services privés essentiels (e-commerce, banque, transport, télécoms, livres numériques).

Questions fréquentes

RGAA, WCAG, EN 301 549 : comment s’y retrouver ?

Quelle différence entre le RGAA et les WCAG ?

Les WCAG sont les règles internationales du W3C. Le RGAA est la méthode française qui permet de vérifier leur respect : il reformule chaque règle en critères et tests concrets, adaptés au contexte juridique français. Être conforme au RGAA 4.1 revient à respecter les WCAG 2.1 niveau AA.

Et la norme EN 301 549 ?

C’est la norme européenne harmonisée qui sert de référence à la directive de 2016 et à l’Acte européen d’accessibilité. Elle couvre le web mais aussi les logiciels, les documents, le matériel. Le RGAA en est la déclinaison pour le web ; pour les applications mobiles, on se réfère directement à l’EN 301 549.

Un site « partiellement conforme » est-il en règle ?

Publier une déclaration honnête indiquant un état partiellement conforme, accompagnée d’un schéma pluriannuel, répond aux obligations de transparence. En revanche, l’obligation de fond reste la mise en conformité : les non-conformités doivent être corrigées dans le cadre du schéma, et les contenus essentiels doivent avoir une alternative accessible.

Comment un usager peut-il se plaindre d’un site inaccessible ?

Il peut contacter l’organisme via le moyen indiqué dans la déclaration d’accessibilité, saisir le Défenseur des droits et, depuis 2023, signaler le manquement à l’Arcom qui peut engager une procédure de sanction.

Vous ne savez pas si vous êtes concerné ou par où commencer ?

Nous analysons votre périmètre, vos obligations et votre niveau actuel, puis nous vous proposons un plan réaliste.